Le corps et la vie sont constamment en mouvement. Même dans l’immobilité physique, il y a de très fins mouvements ou flux qui sont perceptibles dans la sensation. Pourtant, entrer dans une voie spirituelle se fait grâce à la rencontre d’un profond silence intérieur et d’une immobilité très particulière en soi. La révélation d’une Présence ouvre la conscience au monde et à l’Infini en même temps. Alors se pose rapidement la question de l’ajustement de la Présence au cœur du mouvement de la vie quotidienne. Car c’est tout l’enjeu d’un cheminement spirituel que d’intégrer la Présence dans son quotidien. Pour qu’au final, il y ait réellement qu’Unité, continue et stable.

Nous allons voir que certaines approches des mouvements peuvent tout à la fois révéler la profondeur de la Présence et aussi permettre à celle-ci de se déployer dans le tourbillon des activités du quotidien.

Mouvements révélateurs

Les mouvements du corps ont une place particulière dans un cheminement spirituel. Ils sont complémentaires à la méditation assise et aux Satsangs (échanges oraux sur l’enseignement). Ils peuvent nous aider à révéler une Présence intérieure grâce à certaines techniques. Effectivement, la marche méditative ou l’observation des mouvements automatiques sont des approches qui se conjuguent efficacement avec la méditation pour permettre de dépasser l’identification au mental. Ils ont une grande pertinence car ils permettent d’accéder à des facettes différentes de l’identification et de la Présence. Ces pratiques mobilisent des aspects différents qu’il est important de rencontrer. Ce sont des forces utiles et nécessaires sur un cheminement. Par exemple, les mouvements permettent de plus facilement déployer son attention et ainsi apaiser plus profondément le mental. Les mouvement peuvent, par effet de contraste, nous révéler le début d’une immobilité intérieure que nous n’aurions pas forcément su distinguer autrement.

Mouvements intégrateurs

Les mouvements sont une étape importante pour apprendre à intégrer dans le flux mouvant de notre quotidien une Présence à Soi. Car la vie est mouvement et rester dans l’immobilité intérieure tout en jouant son rôle d’être humain dans la famille et la société est difficile. Les exercices de mouvements sont là pour nous apprendre comment y arriver. Les mouvements peuvent par exemple nous apprendre à laisser faire en nous les actes quotidiens tout en restant ancré dans la Présence. Ils peuvent nous initier à un lâcher-prise au cœur de la Présence. Lâcher son identité, ses croyances de pouvoir et de faire, pour que les choses se mettent en place d’elles-mêmes, plus harmonieusement. C’est dans le quotidien que la Présence va transmuter notre vision de nous-même. Et les mouvements ont une place pour aider à cette réalisation.


Les différents types de mouvements qui permettent de dévoiler une Présence ou de l’approfondir sont classiquement la marche méditative, les mouvements spontanés en Conscience, l’observation des mouvements automatiques et les danses sacrées ou mouvements coordonnés. Nous allons voir dans le détail chacune de ces approches.


La marche méditative

La marche méditative est une extension presque naturelle de la méditation assise. C’est un exercice classique dans le Zen. Elle permet d’apprendre à changer de forme tout en restant dans l’essentiel. Le corps bouge, de façon très lente, et le mouvement progressivement vient non seulement s’intégrer mais aussi soutenir la Présence. Car le mouvement tout en lenteur permet un déploiement de la sensation consciente. Un déploiement qui de plus est actif, ce qui soutient l’attention. Tout cela est un support pour révéler la Présence.

Les mouvements spontanés en conscience


Le mouvement spontané est un mouvement qui n’est pas volontaire. Ce n’est pas le mental qui le décide. Il s’agit d’un mouvement dont la dynamique est « naturelle », comme une source d’eau qui jaillit de terre. Le mouvement se fait par le corps lui-même. Il n’est pas question d’une simple agitation instinctive ou d’un défoulement sauvage. Il s’agit de l’intelligence du corps qui le meut dans un but qui échappe au mental mais qui apporte un bien-être.

Ici, ce qui nous intéresse, c’est l’accompagnement en Présence d’un mouvement spontané du corps. Cela consiste à laisser le corps agir dans une écoute profonde. C’est lui laisser la place et, au moment où les énergies et le mouvement commencent à envahir le corps, garder une écoute pour que ce soit toujours uniquement cette énergie ou cette intelligence qui reste aux commandes du corps. L’attention portée dans une écoute à ce mouvement spontané du corps permet de libérer un espace en soi-même. Cet espace est précieux parce qu’il offre une ouverture pour qu’une Présence se révèle. C’est comme un axe qui se révèle. Le corps bouge spontanément et il y a un axe intérieur immobile qui est Présence.

Le mouvement spontané du corps permet de libérer le corps et les émotions. Le mouvement spontané en conscience permet de libérer le mental et de faciliter l’émergence d’une Présence qui accompagne le mouvement. Pour autant, ce mouvement spontané, cette énergie, est distincte de la Présence elle-même. Et c’est là tout un Jeu à appréhender.

L’observation des mouvements « automatiques »

Avec cette approche, on est vraiment dans une voie du quotidien car il est question de chacun de nos gestes : se laver, préparer le repas, manger, s’occuper des enfants, de la maison, du bureau, bricoler, conduire… L’observation des mouvements « automatiques » est une pratique qui va permettre de révéler la vacuité profonde de notre quotidien. C’est voir que les gestes journaliers se font par eux-mêmes et que notre volonté est en vérité presque secondaire. Mais il faut vraiment vivre pleinement cette observation et pour cela il faut être dans l’observateur et dans le corps. Les choses s’agencent sans que j’ai vraiment besoin d’intervenir. Et cela ne devient évident qu’après avoir touché la Vacuité derrière les mouvements, ce recul généré par l’observation qui permet que la Présence se révèle : un champ immense de conscience qui observe les mouvements et n’est pas perturbé ni entaché par ce mouvement. Comme une Présence qui existe au-delà des mouvements et pourtant qui est là au cœur de ces mouvements.

Les danses sacrées ou mouvements coordonnés


Il existe différents types de danses sacrées. Celles qui nous sont les plus familières et qui révèlent un caractère particulièrement spirituel sont les danses soufies et les danses de Gurdjieff (il en existent beaucoup d’autres, notamment en Asie, dont les danses sacrées de temple à Bali et dans certaines parties de l’Inde). Je parlerai ici des Mouvements coordonnés (comme une danse sacrée) enseignés par Salim Michaël car ce sont les seuls que je connaisse vraiment. Ces danses se rattachent pour beaucoup aux danses de Gurdjiefff. Ce sont des exercices proposés dans le cadre de l’enseignement spirituel de Salim Michaël. Ces mouvements consistent en la variation d’exécutions par chacun des bras d’une série de 3 à 8 gestes associé avec un enchaînement de pas pour chacune des jambes. Il s’agit donc d’une danse complexe avec des cycles de mouvements différents entre les bras et les jambes et un décalage d’enchaînement entre les bras. Tout cela pour éviter la répétition des séquences. Dans l’accomplissement de ces danses, il y a une importante exigence d’attention pour éviter toute erreur et rester dans une continuité fluide. Ces mouvements peuvent paraître très contraignants du fait de la nécessaire coordination complexe mais il existe des mouvements coordonnés adaptés à chacun,e. Le but n’est pas la performance mais, après s’être approprié les séquences, d’expérimenter un processus inhabituel. Sentir la rapidité à laquelle la danse nous ramène dans l’Instant Présent. L’exigence est comme un fil tendu sur lequel on marche. A la moindre erreur, c’est-à-dire à la moindre chute de la vigilance, il y a chute. Et la danse doit être reprise depuis le début. C’est voir réellement notre capacité d’inscription à l’Instant Présent. C’est un apprentissage pour forger l’intensité de son attention. Mais le but de ces pratiques ne s’arrête pas à une démonstration de vigilance, loin de là. Cela amène à assécher le mental de ses pensées.

Arrivé à un certain point, il y a une ouverture à un silence. Progressivement, il est alors demandé de se libérer de l’exigence de l’attention portée au mouvement pour laisser la place à une Présence qui accompagne l’exécution des mouvements complexes.

Ces mouvements portent en eux un mystère qui peut se dévoiler après des années de pratique en Présence. C’est un des crédo des groupes Gurdjieff. Il s’agit de l’apparition d’une force spéciale qui prend en charge de façon consciente les mouvements sans aucune volonté ou effort. A ce moment-là, le mouvement devient totalement fluide et simple. Il y a un mystère car c’est dans la Conscience que cette force se révèle et pas dans le corps. Il ne s’agit pas d’énergie comme avec les mouvements spontanés. Cette force prend en main l’exécution des mouvements sans que l’on puisse parler de mouvements automatiques (puisque l’exécution reste toujours complexe), pourtant cela se fait, mais en toute Conscience. En fait, il s’agit d’une ouverture vers le sans-forme et un approfondissement réel d’un Infini total en nous-même. C’est difficile à expliquer ou à visualiser car il est question d’une trinité du Un. C’est une expérience extraordinaire qui peut devenir une aide et un guide dans la pratique de la méditation assise et pour la réalisation de l’Unité de la Présence au quotidien.

Seule la pratique permet de réaliser l’apport des mouvements bien guidés dans un cheminement spirituel. Venez essayer le stage proposé ou les prochains, pour y expérimenter chacune de ces 4 branches de mouvements.

Stéphane Morelle

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